Je, 1/3

J’ai donc 35 ans, suis mal dans ma peau et dans ma tête, je manque d’amour et ne sais pas en donner, ai eu peu de relations amoureuses et peu d’ami(e)s tout au long de ma vie, suis méfiante envers les autres, n’aime pas les hommes et en ai plutôt peur, et je pense que je finirais ma vie en clocharde.

Il fut un temps où je pensais que deviendrais bonne soeur, non par foi, mais par dépit de l’amour charnel: ce qui est insulter la Chrétienté par ailleurs. Je suis athée pourtant.

Pourquoi clocharde ? Parce que je ne sais rien faire, je n’ai aucune ambition et n’ai jamais été jusqu’au bout de quoique ce soit, et que ma non-éducation a fait de moi une flemmarde doublée d’une incurable fénéante, autant boulimique de nourriture que de l’attention des autres, et que je n’ai rien vécu d’épanouissant ni vécu/ressenti assez de malheurs personnels pour avoir envie de me battre pour plus; les bras ballants depuis des années, attendant bêtement que le temps passe et fasse son oeuvre : le déclic d’un but dans la vie qui n’arrive qu’aux chanceux de naissance, ou me faire faire des transfusions de volonté et peut-être aussi me greffer des couilles. Au sens figuré, bien entendu.

Je ne suis pas suicidaire mais si je devais résumer mon mental, c’est comme si je me fanais de l’intérieur, à petit feu. Comme si ma vie finalement était inutile et comptait peu dans la balance, ce qui, de toutes façons, est empiriquement le cas, mais pour le peu de gens qui me sont vraiment proches, j’espère compter un peu quand même et n’être pas totalement inutile.

Maintenant, pour comprendre le pourquoi du comment, remontons le temps…

Née en 1980 donc, et étant arrivée sur Paris 5 ans plus tard, j’ai grandi assez proche de ma mère qui donc n’avait physiquement plus qu’un enfant pendant quelques années, rappelons-le, mon frère était élevé par notre grand-mère « main basse sur le berceau » chinoise.
Le flou étant ce qu’il est pour les premières années d’existence, ma scolarité en primaire était bof, mais supportable, à part pour les garçons qui me cherchaient des poux. « Qui aime bien châtie bien » dit le proverbe, mais la plupart des enfants qui me faisaient du mal verbalement, venaient des garçons. Ils passèrent leur temps à m’insulter, et se moquer de moi, pour 3 raisons : la première est que je porte un nom de famille qui s’apparente à un légume, la seconde est que je sois bridée, et la troisième, j’étais un peu rondouillette. Le pire étant que j’étais de corpulence normale pour un enfant, avec 2 kilos en trop peut-être, je ne suis devenue véritablement grosse qu’en 5ème, vers mes 13 ans. Mais chez les enfants, que la société qualifie toujours « d’innocents », ne le sont pas tant que ça.

L’apprentissage de la notion du bien et du mal incombe aux parents, mais les enfants savent quand ils font du mal; ils ne veulent juste pas s’arrêter, surtout lorsqu’ils sont en meute. Nous sommes des mammifères et par conséquent des animaux, nous nous comportons comme tel, nous avons juste la parole en plus et une intelligence différente des 4 pattes.

Je reviens à mes moutons.

Donc, non seulement je me faisais emmerder très souvent, mais comme en plus ce n’était que par des garçons et qu’à cet âge-là, je ne connaissais pas le proverbe sus-mentionné, j’ai associé la méchanceté gratuite au genre masculin. Depuis, c’est resté.
Au collège c’était pareil, sauf qu’en plus des garçons, des filles m’ont fait la misère aussi, souvent aussi elles s’y mettaient à plusieurs, oui parce qu’il en faut du courage pour agresser verbalement une fille sage comme moi, tellement timide et réservée parce que l’on m’avait bien fait chier et que mes parents ne m’avaient pas fourni le mode d’emploi pour me défendre des médisances et cruels jeux enfantins.

Je me souviens d’une fois où j’étais au centre aéré, et un camarade de classe du collège m’a donné un coup de pied dans le ventre je ne sais même pas pourquoi, et il y a cette fois où il s’est mis à se moquer de mes vêtements avec son copain, en pointant du doigt mon pantalon un peu trop coloré.
Je vous dis, les enfants cruels deviennent des adolescents cruels et finissent adultes cruels. C’est comme ça et ça ne change que rarement après introspection. Alors vous me direz, 70 à 80% des enfants dans le monde subissent ça, mais ceci est mon point de vue et surtout, c’est mon mental qu’ils ont saccagé, et je trouve cela injuste. Ça ne changera pas, mais ça fait mal.

Donc pendant toute ma scolarité primaire et le collège, je me suis réfugiée dans les dessins animés et les séries TV, car c’était le seul endroit gentil avec moi.
Bien sûr, ce n’est pas la télévision qui nous forme, en tous cas pas devant elle, mais pendant que mes parents travaillaient du matin au soir et n’avaient pas le temps de vraiment nous éduquer ni de nous sortir pour nous cultiver, la télévision était la seule occupation hors de l’école, car en plus nous n’avions pas d’amis et nous n’avions pas le droit d’en inviter, « au cas où ils essaieraient de nous voler »; et puis même si nous avions eu le droit, nous n’avions pas la place pour les accueillir dans cet espace exigu qu’était l’appartement sans salon, et nous n’allions certainement pas recevoir de gens dans le commerce.
J’ai bien fêté mon anniversaire une fois dans le commerce, un jour où c’était fermé, avec des amis d’école primaire. Mon frère a eu droit d’amener ses copains des années plus tard, dans l’appartement pour jouer à ses consoles, d’une parce que c’était les enfants des commerçants du coin, et de deux parce que c’était lui.
Le fils.
En y repensant, j’avais tellement peu d’ami(e)s que je ne risquais pas d’inviter grand monde. Ma théorie, enfin celle de ma meilleure amie actuelle, est que les commerçants ont toujours été mal vus de la part des gens qui ont d’autres emplois. Peut-être que les enfants n’avaient pas le droit de me fréquenter, et puis dans un quartier de français d’origine, un chinois, qui en plus parlait mal la langue de son pays d’accueil, faisait tâche… Et puis nous n’étions pas bien élevés, j’étais sage et en retrait, mais trop farouche justement et je répondais mal il me semble, comme une enfant gâtée par la facilité.

Hasta la vista.

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