La maison

Dans quoi est-ce que j’ai grandi ? Je vais faire dans la géographie, limite le plan architectural…

Au-dessus du commerce de mes parents, il y avait un appartement de fonction fourni avec, enfin c’est souvent le cas.

Ce n’était pas très grand, pas non plus idéal pour une famille, un couple aurait été parfait dedans, ou alors il aurait fallu aménager cela autrement.

C’était un 45m2, 3 pièces, plafond bas. Je fais 1m60 et quand je lève le bras, ma main effleure le plafond. Comme tout bon Chinois qui se respecte, mon père préféra vivre entassé comme des sardines plutôt qu’avoir un espace bien arrangé.

Il y avait donc deux chambres, une pour les parents, la n°1,et une pour les enfants, la n°2. La troisième pièce servait pour le stock de produits que mes parents vendaient, et dans cette même pièce, un 5m2 avait été aménagé pour faire une micro salle-de-bain. Avec une baignoire sabot, un petit lavabo et son placard-miroir au dessus, et la machine à laver.
Je vous raconte pas l’exiguïté !

Les premières années après l’installation, le couple que formait mes parents avait l’air normal, je ne me souviens plus très bien de la chambre d’enfants à cette époque mais très vite mes parents ne dormaient plus ensemble, mon père a commencé à se lever très tôt pour travailler, vers 4-5h du matin, et peut-être pour ne pas déranger ma mère, il dormait dans l’autre chambre. Ah oui, dans cette chambre il avait installé une cuvette de toilette dans un placard à vêtements. Oui oui, c’est possible !

Revenons à la chambre n°1; mon frère et moi, étant petits, nous avions fini par dormir avec notre mère, nous ne prenions pas trop de place et c’était un grand lit. Et nous avions la télévision en face, à seulement 1 mètre et demi du cadre de lit. Cette chambre servait aussi de « salon » donc, mais sans la moindre chaise ni table, car pas de place, et sur le côté du lit, avant le mur, il y avait un très grand placard dans lequel je me cachais étant petite.
Le tout formait environ 80 % de la pièce, autant dire que nous avons passé toute nos années là-bas, devant la télé.
De temps en temps mon frère et moi jouions dans la chambre n°2.
Lorsque je suis devenue trop grande et que ma fausse soeur, elle est venue s’installer avec nous, mes parents achetèrent un lit superposé avec un grand tiroir intégré qui faisait aussi office de 3ème lit : mon père dormait dans le lit d’en bas, moi en haut et ma soeur dans le tiroir. Seul mon frère resta dormir avec ma mère jusqu’au décès de celle-ci, en 2003; il avait alors 18 ans.
Cette situation-là n’était pas normale mais je rassure l’éventuel lecteur qu’il n’y a pas eu d’inceste.

L’horreur arriva bien plus tard dans la chambre n°2 quand le fameux tiroir se cassa. Je laisse donc ça pour un autre article.

Hasta la vista

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L’enlèvement

Ou comment la grand-mère Chinoise prime sur la mère Française.

Je pense que je devais avoir 5, 6 ou 7 ans, quand mon père et ma grand-mère décidèrent que mon frère et moi, nous devions être éduqués par notre grand-mère, pas en France non, mais à Taïwan. J’étais trop petite pour me souvenir de quoi que ce soit et seul ce que ma mère m’a dit m’a aiguillé un peu sur la situation. Ma grand-mère aurait donc décidé que mon petit frère, alors âgé de 1 an ou 2, devait suivre ma grand-mère à Taïwan pour qu’il y apprenne le chinois déjà, et fasse un bout de son éducation. Ma mère étant opposée à voir partir ses 2 enfants, posa le veto pour mon voyage. Ben oui, elle avait quand même le droit d’en éduquer un, enfant, et surtout enlever à une mère ses enfants, non mais franchement dans quel monde vivaient-ils dans ma famille chinoise!

Donc ce n’était pas un vrai enlèvement car elle l’a bien retrouvé son fils, mais quand il est revenu vers ses 3 ou 4 ans, il ne parlait pas un mot de français, et pour une mère qui essaye de parler à son enfant et que rien ne passe à cause de la barrière de la langue!, ça peut rendre triste.

Mon frère a ensuite été élevé par la grand-mère donc, à quelques rues de chez nous, dans son appartement, pendant 2-3 ans je crois. Là encore, ma mère étant soumise de par sa solitude, son incompréhension et son manque d’entourage, n’a rien pu faire. Je ne saurais jamais ce qui a pu passer par sa tête et comment a-t-elle surmonté tout ça, mais à cause de cette situation, elle m’a énormément chouchouté, et m’a passé mes futures bêtises. Mon frère est entré en classe d’adaptation pour apprendre le français, sa langue maternelle au final…

J’en ai parlé avec lui il y à plusieurs années, car il reprochait tout le temps à ma mère de me chouchouter et que je sois sa préférée. Étant donné que c’est notre grand-mère qui a eu la primeur de ses balbutiements, il a inconsciemment associé l’amour de celle-ci à celui d’une mère. Je ne voulais pas voir le fait que ma mère me préférait peut-être, mais nous sommes humains, et l’attachement plus fort envers moi s’est fait malgré elle, elle n’a pas eu d’autre choix que de porter tout son amour sur moi. Cela a créé un déséquilibre de plus. Elle a fonctionné de telle manière qu’elle m’a caché des choses d’adulte, afin de ne pas me peiner ni me pervertir. Son cancer du sein par exemple, vers ses 40 ans, qui a commencé en kyste et dont tout le monde était au courant sauf moi. Mais j’y reviendrai plus tard.

Pour en revenir à « l’enlèvement » comme j’aime à l’appeler, cela a aussi créé un gouffre entre mon frère et moi. Nous avons eu du mal à nous comprendre pendant tellement d’années, nous les avons passé à nous bagarrer, aussi verbalement que physiquement, les insultes fusaient ainsi que les prises de catch, et quand il avait le malheur de se plaindre auprès de mon père, et que c’est lui qui avait commencé la bagarre, c’est moi qui prenait; non pas parce que je suis l’ainée et donc plus mature, même à 10 ans, mais parce que je suis plus grande et plus grosse que lui et « qu’un éléphant ne s’attaque pas à une fourmi ». Merci papa, grâce à toi je me suis toujours sentie grosse et moche et minable et comme tu ne m’as pas fourni le mode d’emploi pour me défendre, verbalement des attaques, je suis restée grosse parce que pendant des années tu m’as fait me sentir comme une merde et quand t’es un gosse, tu n’as pas la compréhension nécessaire pour te défendre quand les autres enfants et plus tard, camarades de classe te traitent de grosse, et puis tu sais papa, si tu dis à ton môme pendant des années qu’il est un éléphant, et bien il ne va pas se sentir aimé et il aura dû mal à aimer en retour, et surtout il va reproduire. Alors non je ne parle pas forcément de ME reproduire, mais je parle du système d’auto-sabotage que je pratique depuis toujours, à savoir repousser les rares garçons et plus tard hommes qui me montreraient de l’intérêt, parce que tu sais papa, grâce à toi, je ne me suis jamais sentie jolie, je n’aime pas les hommes et j’en suis carrément méfiante.

M’enfin je me suis égarée…

Hasta la vista.

Il était une fois

Par où commencer… Ah oui!

J’ai décidé, non pas qu’il fallait partager mon expérience de vie, mais je me suis rendue compte qu’il fallait que je pose un peu mes valises émotionnelles afin de temps en temps, me rappeler mon enfance. Non pas que l’idée d’un journal intime à proprement parler soit passé de mode, mais à 35 ans et toutes mes dents, et possédant un ordinateur depuis 17 ans maintenant, l’option la plus sympa et la moins fatiguante pour les doigts (ne pratiquant plus la plume mais le clavier), je me suis donc tournée vers le blog.

Je ne suis pas écrivaine donc mes textes seront parfois fouillis et manqueront de syntaxe, je n’ai pas la verbe facile mais j’essaierai de ne pas faire penser à un skyblog; oui parce que déjà, j’ai passé l’âge, et puis parce que je suis de la génération qui tient quand même au Français. Et surtout, à part les premiers textes d’introduction, rien ne sera chronologique, car la mémoire fait défaut en vieillissant, et seuls les proches peuvent parfois vous faire rappeler ce que vous avez oublié, ce que vous leur avez dit, et ce dont ils ont été témoins.

Je débute sur WordPress mais j’aimerais par l’avenir uploader des fichiers audio par exemple, peut-être des images pourquoi pas, je verrais si c’est approprié. J’ai eu un LiveJournal pendant quelques années mais j’ai fini par m’en lasser; et puis ce n’était pas le même genre de blog.

J’en viens à ce qui m’a conduit ici; j’ai grandi au sein d’une famille à deux cultures : un père Chinois et une mère Française. L’adresse de ce site en est inspiré d’ailleurs, le chi pour Chinois, et le chti car ma mère vient du Nord. J’ai un frère de 4 ans mon cadet, et nous avions une soeur, qui n’était pas réellement notre soeur, mais plutôt une meilleure amie de mes 10 ans que nous avons pris sous tutelle, ses parents ne pouvant plus s’occuper d’elle. Ma famille est compliquée et je vais souvent parler de ma « fausse soeur ». Comme l’a écrit Susan Forward dans son livre Parents Toxiques, ma famille se définit comme tel.

Tout d’abord, mon père, 69 ans cette année, Chinois, est venu en France dans les années 70, afin d’avoir une meilleure vie. Un frère et une soeur. C’est lui l’ainé. Lui qui doit apporter la pitance à sa famille. Sa mère, ma grand-mère donc, a donc eu 3 enfants avec son premier mari, ce dernier étant mort après la naissance du dernier car à l’époque, il s’est fait fusillé par le gouvernement Chinois, pendant qu’il était à Taiwan, après avoir fui le Communisme. Du moins ça n’a jamais été très clair et comme j’étais enfant quand mon père me racontait ça, je n’ai pas bien compris. Il avait été dénoncé par un voisin. Comme en 39-45 donc. Elle s’est remarié ensuite avec un homme qui a bien voulu adopter les enfants mais sans les aimer. Peut-être que le manque d’empathie de mon père vient de ce qu’il a reproduit de son père adoptif, et donc mon manque d’empathie viendrait de ce que moi ensuite, j’ai reproduit. Allez savoir… cela viendra plus tard. Sa vie d’homme m’est bien trop flou, je ne connais que sa vie de père, et d’ailleurs, à l’oral je ne l’appelle jamais comme ça, uniquement « mon paternel ».

Ma mère, décédée en 2003 d’un cancer du sein, aurait eu 58 ans le 29 avril. Elle vient d’une fratrie de cinq, des parents pas très tendres et imbibés du matin au soir, une père jaloux de ses gosses et une mère rejoignant le mari dans son alcoolisme. Bienvenu dans le Nord, non, ce n’est pas que des clichés. Je ne connais pas non plus sa vie de jeune femme et encore moins son enfance, et je me rends compte que dans notre famille très peu encline à partager et à communiquer, mon frère et moi n’avons jamais rien su de l’enfance de nos parents; je crois que beaucoup d’enfants sont dans le même cas cependant. En tous cas, quand ma tante maternelle, a présenté un jour mon père à ma mère, dans un restaurant Chinois où il travaillait, le destin était scellé.

Je ne sais pas si mes parents se sont vraiment aimés, je sais que les Chinois et les émotions ça fait 2, que peut-être l’a-t-il un peu aimé ou a-t-il seulement aimé le fait qu’elle était bosseuse, ou encore avait-il besoin de papiers Français; je ne le saurais sûrement jamais, mais je sais que ma mère, en plus de l’aimer tout au moins les premières années, y a vu l’opportunité de partir de la maison familiale où elle ne se sentait pas aimée, et où tous les membres de la fratrie se sont dépếchés de partir quand ils en ont eu l’occasion. Elle était une romantique, comme toutes les jeunes femmes à l’époque.

Ils avaient 11 ans de différence.

Ils se sont mariés à Lille, ont émigrés vers la banlieue parisienne, ont travaillé dans le restaurant chinois que mon père avait acheté grâce à des emprunts auprès d’autres camarades, je suis née en 1980, mon frère en 1984, puis, trouvant la vie trop dure avec un restaurant, il a décidé de trouver un autre commerce, plus rentable et moins fatiguant; un café-tabac, en plein Paris. Déménagement Juillet 1985. J’ai 5 ans, mon frère n’a que 9 mois.

Mes textes commenceront donc à partir de cet âge, la vie banlieusarde est bien trop lointaine pour m’en souvenir. La seule chose qui indique que mon père est une ordure de première, est qu’il ne voulait pas de moi à ma naissance car j’étais une fille. Alors en tant que chinois à cette époque, avec la loi de l’enfant unique je l’ai compris, mais pas acceptée. Et puis quand il m’a vu, d’après ma mère, mes yeux et mon nez auraient eu raison de lui, « c’est bien ma fille ». Il me racontait ça en plaisantant. Je n’ai jamais su si c’était sérieux ou non, m’enfin ça situe le débat.

Je m’arrête là car à la base je ne voulais pas forcément tout raconter mais simplement partager des moments, mais je me rends compte que pour me comprendre, il faut que je revienne aux origines. Cela constitue aussi une thérapie je dirais.

C’est vrai, il me faut une signature !
Hmm *cogite pendant 10 minutes*
Ce sera…

Hasta la vista